Mohammed Mezziane
(1963-2014)













Biographie

Né à Casablanca en 1963. Il rejoint Act Up-Paris en 1997, en tant que militant puis coordinateur de la commission Traitements & Recherches.

En 2002, il obtient le diplôme de l’EHESS-Paris en anthropologie historique. Recherche sur la période médiévale andalouse, avec la monographie d’un voyageur arabe du XIIe siècle (Ibn Jubayr).

Entre 2003 et 2005, dans le cadre d’un DEA et toujours sur la période médiévale musulmane, il mène une recherche sur le lien qu’établissent les juristes musulmans entre masculinité, sexualité et sodomie. Comme son mémoire sur Ibn Junayr, ce travail a été dirigé par Jocelyne Dakhlia.

Depuis 2005, doctorant à l’EHESS sous la direction de Jocelyne Dakhlia et rattaché au CHR, ses recherches ont concerné les discours sur la masculinité, la sexualité et l’homosexualité, mais sur les périodes moderne et contemporaine, au Moyen-Orient.

Mohammed Mezziane est décédé en 2014. Le média Yagg lui rend ici hommage.




Recherches



Ibn Jubayr, entre voyage et exil. Les déplacements d’un lettré andalou au XIIe siècle. Mémoire pour l’obtention du diplôme de l’EHESS, 2002.

Les déplacements des hommes pendant la période médiévale musulmane sont nombreux. Certains de ces voyages ont donné lieux à des récits. Ibn Jubayr, andalou du XIIe siècle est l’un de ces hommes qui ont beaucoup voyagé et qui nous ont laissé un récit, la rihla, devenu célèbre. Cette monographie d’Ibn Jubayr décrira le milieu des lettrés auquel il appartenait et explorera les motifs de voyage « Structurels » et/ou « conjoncturels » de cette époque. Nous nous nous intéresserons moins à un cadre d’analyse général (le pèlerinage ou la quête du savoir), pour insister plus particulièrement sur les motifs privés : situations de « rupture » d’ordre personnel, par exemple, dans le cas d’Ibn Jubayr, qui étoffent les rares indications de ses biographes et nous ouvrent des perspectives différenciées pour approcher le déplacement dans la société andalouse médiévale.




Le sodomite et l’efféminé dans l’Islam du IXe-XIe siècle. Statut juridique et représentations sociales. Mémoire de DEA, 2005.

Il est troublant de rapprocher l’offensive juridique actuelle de plusieurs pays arabes et musulmans contre l’homosexualité avec – concomitante – la dépénalisation et l’acquisition d’un statut juridique pour les homosexuels dans de nombreux pays occidentaux (offensive d’ailleurs en contradiction avec l’idée communément répandue de la tolérance des sociétés musulmanes à l’égard de ces pratiques sexuelles).

Chez beaucoup d’intellectuels arabes, la représentation de la masculinité s’exprime aujourd’hui à travers l’identité biologique du partenaire sexuel (homme, femme) tout autant que par le rôle sexuel assuré par ce partenaire. La sexualité est devenue l’un des principaux paramètres qui structure la masculinité. Par ailleurs, l’interdiction des relations sexuelles entre hommes se dit indissociable de la pratique religieuse, et semble devenir un véritable « enjeu identitaire ». Aussi, il devient encore plus important aujourd’hui qu’hier d’historiciser les arguments utilisés par les musulmans pour légitimer leur décret. Saisir, en effet, la logique et l’articulation des arguments religieux et des arguments médicaux ou ceux encore plus « vagues » qui se réfèrent à la « nature » revient à mettre en perspective le « fond » commun entre les thèses musulmanes et occidentales. En dissociant l’interdit de la religion, qui devient accessoire dans cette construction, nous montrerons que les processus en jeu sont d’abord des élaborations sociales. Ils sont ensuite en constante évolution et les significations sont difficilement transposables d’une époque à l’autre.

Ce travail de DEA constitue une première exploration des sources principalement juridiques (du IXe-XIe siècle de l’Orient musulman, empire abbaside) et de quelques sources littéraires. Il permettra de reconstituer quelques éléments du discours relatif aux figures du sodomite et de l’efféminé, ainsi que l’amorce d’une articulation de la sexualité aux notions de bien et de mal, avec sa naturalisation.




Construction de l’homosexualité au Moyen Orient (périodes moderne et contemporaine). Aspects juridiques et représentations sociales. Thèse inachevée.

Depuis plusieurs décennies, de nombreux pays arabes voient s’élaborer une théorie très précise de ce qui constitue une sexualité saine ou malade : l’exclusivité de l’hétérosexualité, conforme à la nature, relèverait ainsi d’un décret divin, tandis que l’homosexualité, non procréative, constituerait un danger pour la perpétuation de la société musulmane.

A travers des sources tant juridiques qu’extra-juridiques (littérature, poésie, médecine, journalisme, folklore, etc.), notre thèse cherchera à historiciser ces postulats, tant au niveau de la pratique sociale effective que du discours, à partir notamment d’une hypothèse de la dénaturalisation progressive des genres (masculin, féminin) parallèle à la naturalisation de la sexualité. Une attention plus particulière sera portée à l’analyse des spécificités du discours musulman sur les pratiques sexuelles, ainsi qu’à l’incidence et à l’articulation des théories occidentales sur ce discours musulman.




Articles



Sodomie et masculinité chez les juristes musulmans du IXe au XIe siècle. Arabica, Volume 55, Number 2, 2008 , pp. 276-306(31), éd. Brill.

La régulation de la sexualité masculine et féminine par le droit musulman classique n’obéit pas à des préoccupations de morale, de préservation d’un hypothétique «ordre naturel» ou même de la perpétuation de l’espèce, mais à la préservation de l’ordre public. À ce titre, les divers châtiments prévus contre les transgressions sexuelles sont conçus pour être appliqués en lien étroit avec le degré de nuisance qu’ils génèrent. Le présent article présente cette thèse dans le cadre de deux hypothèses : le lien entre /fisq/, espace et sexualité ; le lien entre masculinité et sexualité.

The regulation of masculine and feminine sexuality by the Classic Muslim law doesn’t respond to moral or procreation concerns, nor even to preservation of an hypothetical “Natural order”. It responds, rather, to the preservation of social order. Therefore, different punishments against sexual transgressions are thought to being strictly applied with harm degree that those transgressions produce. The present article presents this thesis in the context of two axes : the links between /fisq/, space and sexuality and the relationships between masculinity and sexuality.




Entretiens



Un peu d'histoire : islam et sodomie sont-ils incompatibles ? Rue 89, le 3 septembre 2008.

Les persécutions à l'encontre des homosexuels ont des chances de baisser en intensité Yagg, le 17 février 2011.




Journée doctorale



Organisation d’une journée doctorale le 31-05-2010, à l’EHESS, avec deux collègues, Gianfranco Rubuccini et Maggy Grabundzija, docteurs en anthropologie: Les sexualités de « transgression » dans le monde islamique. Nouvelles questions, nouvelles approches.

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